Grunewald
Steidl
L'oeil de la caméra, avec une sorte de regard final, efface la réalité pour n'en préserver que l'esprit. Ainsi l'invisible et l'oublié deviennent visibles. La photo à travers la technique et le hasard peut devenir témoin d'une réalité imaginaire.
Une image ressentie dans un rêve peut ainsi se concrétiser plus que par un dessin ou un tableau car on la réalise avec des éléments du réel. En la dessinant on peut réinterpréter une forme. La photographie peut seulement la regarder autrement. La lumière et l'ombre remplacent ici le crayon et le pinceau.
Le passé est le meilleur diplomate de la mode. Il vous guide à prendre la bonne direction. Il faut toujours penser à la phrase d'Oscar Wilde qui dit que le passé est toujours devant nous.
La chronologie des évènements peut ainsi être en opposition à son fond imaginaire.
Les choses ne m'inspirent que quand elles ont perdu la réalité du quotidien. J'aime ce que je n'ai pas connu.
Il ne faut pas trop savoir. La créativité de l'ignorance va bien avec les choses trop éloignées dans le temps pour être vérifiées. Cette démarche peut donner un charme romantique à un présent qui l'est peu, mais qu'à son tour, on trouvera attirant et mysérieux quand il sera loin de nous dans le temps.
Le passé n'est intéressant que par l'idée qu'on s'en fait. On peut prendre des libertés avec un monde qui en manquait peut-être. Ce monde avait des codes très stricts. Il suffit de penser aujourd'hui que ces limites avaient peut être un certain charme comparées à l'overdose de nos libertés actuelles. Il s'agit juste de la fin d'un autre siècle. Les règles n'existent plus mais le jeu reste. Il représente la dernière bataille d'un âge finissant.
Je voulais montrer une mode un peu plus traditionnelle dans l'esprit d'un certain bon goût un rien anachronique. De là cette idée de relier les images à un monde où ces valeurs avaient une réalité dans la vie de tous les jours d'une élite. C'est aussi un moyen pour échapper à la banalisation ambiante qui nous gâche le présent.
»Grunewald« est l'évocation visuelle d'un roman que Keyserling n'a jamais écrit.
- Price
- UK £17.50
- US $35.00
- EC €24.50
- 100 pages, 86 duotone plates
- 21.7 cm x 23.9 cm
- Hardcover
- Steidl
- ISBN: 3-88243-365-5
- Publication date: September 1996